Marguerite Stora a-telle été frappée au visage ? Son nez semble tuméfié et la cerne sous son œil droit apparaît très marquée…
Marguerite Jeanne Marie Battais naît le 18 septembre 1895 à Saint-Germain-en-Coglès, en Ille-et-Vilaine. Élevée ensuite à Paris, elle devient ouvrière en confection et travaille comme giletière. En 1926, elle épouse Fernand Stora, tailleur pour hommes puis négociant. Le couple n’a pas d’enfant et Marguerite s’attache profondément à sa nièce Sylviane Coupet.
Sous l’Occupation, Fernand, qui est juif, doit porter l’étoile jaune et perd la direction de son magasin. Lorsque la mère de Sylviane meurt de tuberculose en juin 1942, l’adolescente reste chez sa tante. Marguerite tente de protéger le foyer tandis que les lois antisémites et les arrestations frappent plusieurs membres de la famille Stora.
Fernand cherche à faire libérer son frère et son neveu internés à Drancy. Un intermédiaire lui réclame de l’argent, puis des Feldgendarmes pillent deux fois le domicile familial. Marguerite porte plainte malgré les risques. En novembre 1942, des Allemands reviennent pour arrêter Fernand ; absent, celui-ci échappe à la capture, mais Marguerite et Sylviane sont emmenées.
Le 14 novembre 1942, elles sont internées au fort de Romainville. Marguerite y reçoit le matricule 1217, sa nièce le 1216. Le 22 janvier 1943, elles sont transférées à Royallieu à Compiègne. Deux jours plus tard, elles montent dans les wagons du convoi de 230 femmes déportées vers Auschwitz avec plus de 1 450 hommes.
Le train arrive à Auschwitz le 26 janvier. Marguerite entre à Birkenau le lendemain et reçoit le matricule 31805 ; Sylviane devient la détenue 31804. Le 3 février, toutes deux sont photographiées à Auschwitz-I. Le froid, la faim, les appels et les violences font rapidement décliner les nouvelles arrivantes, enfermées d’abord au Block 14 puis entassées au Block 26.
Marguerite est admise au Revier du camp de femmes. Elle y meurt le 9 mars 1943, date portée sur l’acte établi par l’administration SS. Sylviane survit quelques mois de plus, puis meurt à Birkenau en août selon les témoignages des rescapées. Fernand, caché jusqu’à la Libération, retrouve une maison privée de son épouse et de sa nièce.
Marguerite n’est pas arrêtée pour une appartenance formelle à un réseau, mais comme épouse d’un homme juif que les Allemands recherchent et qu’elle protège. Derrière le matricule 31805 demeure une ouvrière parisienne, une épouse et une tante, emportée avec l’adolescente dont elle avait pris soin au cœur de la persécution antisémite.