Photo anthropométrique prise le 9 avril 1942 par le service de l’identité judiciaire. © Archives de la Préfecture de Police, Le Pré-Saint-Gervais.
Marie, Madeleine, Plantevigne naît le 11 avril 1897 à Aigre (Charente – 16), chez ses parents, Pierre René Plantevigne, 27 ans, et Berthe Ploquin, 24 ans, cultivateurs au lieu dit La Broussette. Dans la biographie qu’elle a rédigée, Charlotte Delbo utilise couramment son deuxième prénom – Madeleine -, qui est très probablement son prénom d’usage. Madeleine a une sœur, Gabrielle, née le 11 avril 1900 (mariée le 27 avril 1920 à Aigre avec Léon Bégouin, domiciliée à Nancy après la Libération), et un frère, Marc, Jean, André, né le 29 juillet 1907.
Le 9 septembre 1919, à Aigre, Marie, Madeleine, Plantevigne épouse Gustave, Maxime, Normand, né le 21 janvier 1893 à Bernac (16), lui aussi cultivateur, “renvoyé dans ses foyers” dix jours auparavant (le 30 août 1919) après avoir été mobilisé comme caporal au 5e régiment de tirailleurs algériens (blessé par balle à la cuisse, Croix de guerre avec étoile…). Ils n’auront pas d’enfant.
Le couple s’installe rapidement chez les parents de Gustave, à Germeville, section de la commune voisine d’Oradour(-d’Aigre) [1]. Almand (parfois orthographié Armand) Normand et Julie Jouinot, son épouse, hébergent aussi leur fille Alida, sœur cadette d’Auguste, née le 19 août 1894. En 1931, la famille compte également un oncle de Gustave, Félix Jouinot, né en 1868. Début 1936, un deuxième foyer s’est créé à Germeville ; Gustave et Madeleine ont probablement gardé la ferme, où ils y vivent toujours avec Félix Jouinot, hébergeant également Marie Florine Roucher, grand-mère de Madeleine, âgée de 85 ans ; de son côté, Almand Normand (veuf ?), 76 ans, habite avec sa fille Alida, 42 ans. Le 24 décembre de cette année 1936, celle-ci se marie à Oradour avec André Gornas.
Avant-guerre, selon Charlotte Delbo, Gustave et Madeleine Normand exploitent donc une jolie ferme à Germeville : quinze hectares en polyculture, trois chevaux, des moutons. Attenante à la ferme, une petite maison qui est comme le salon : on y entre en chaussons pour lire. Des planches courent sur tout un côté de la pièce, chargées de livres.
Gustave Normand est militant du Parti communiste, responsable départemental. En octobre 1937, le PCF le présente comme candidat aux élections cantonales dans la circonscription d’Aigre.
Après l’interdiction du Parti communiste en septembre 1939, certains des livres politiques de la bibliothèque des Normand leur font risquer des poursuites judiciaires. L’instituteur du pays possédant aussi beaucoup d’ouvrages interdits, Gustave Normand mure le fond de la classe et ils les cachent tous dans ce “double fond”.
Dès le début de l’occupation, le couple est dans la résistance : leur tâche quotidienne est de recueillir les fonds, cacher des résistants, leur faire franchir la ligne de démarcation, leur fournir ravitaillement et argent.
En 1941, ils sont repérés. Il faudrait s’en aller : Gustave hésite à quitter la ferme familiale… Madeleine l’entraîne. Ils placent les chevaux chez des voisins, les moutons chez les uns et chez les autres. Des amis, les Gauvin, veilleront sur la terre. Le couple dispose de l’argent issu de |’héritage laissé par le père de Gustave à son décès, deux ans plus tôt.
Le 20 juillet, Madeleine et son mari louent une propriété “bourgeoise” à Thénac, un village près de Saintes (Charente-Maritime). Mais ils y sont bientôt débusqués. Au début de mars 1942, ils décident de passer complètement dans l’illégalité.
Vers le 10 mars – en attendant que le responsable de l’organisation leur apporte nouvelles consignes et fausses cartes d’identité -, le couple Normand va loger gratuitement chez une ancienne connaissance de Madeleine, Paulette Lelong, épouse du cheminot Jean Poilane [2], domiciliés au 4, petite rue de la Grand-Fond à Saintes.
Au contraire de son mari, qui sort peu de leur hébergement provisoire, Madeleine – sous le pseudonyme de “Nicole” – va chercher des tracts chez le cheminot Alexandre Lemasson, rue du Pont-Amillon à Saintes. Ce responsable de l’organisation communiste clandestine pour la région de Saintes a notamment pour tâche de réunir les cotisations des militants.