Marie Corot naît le 27 février 1890 à Beaune. Orpheline très jeune, elle est confiée à l’Assistance publique. En 1922, elle épouse François Le Corre, dont elle divorce en 1931. Elle partage ensuite la vie de Lucien Dubois, cantonnier puis forain, qu’elle épouse en 1939. Le couple tient un café à Saint-Denis, route d’Aubervilliers.
En 1942, Lucien est prisonnier de guerre et Marie gère seule l’établissement. Le café devient un lieu de rendez-vous pour des résistants et sert de « boîte aux lettres ». Une belle-sœur remarque les allées et venues et les commissions que Marie transporte sous son tablier, sans que la nature précise de chaque mission soit aujourd’hui connue.
À la fin de septembre 1942, la Gestapo l’arrête alors qu’elle fait sa lessive. Emmenée pour un prétendu simple renseignement, elle n’a même pas le temps de retirer son tablier. Après un interrogatoire rue des Saussaies, elle est transférée dès le 29 septembre au fort de Romainville, où elle reçoit le matricule 825.
Lucien est libéré de son stalag en janvier 1943 et se présente au fort à la veille du départ, mais on lui refuse de voir son épouse. Marie rejoint Royallieu le 23 janvier puis est déportée le lendemain. Le convoi atteint Auschwitz le 26 janvier ; à Birkenau, elle est enregistrée sous le matricule 31693.
Son triptyque est réalisé à Auschwitz-I le 3 février. Quelques jours plus tard, un médecin SS demande aux femmes incapables de supporter l’appel de se signaler. Marie lève la main. Une compagne tente de la retenir, pressentant le danger du Block 25, mais Marie, déjà épuisée, quitte le rang. Le prétendu secours conduit au mouroir.
Elle meurt au Block 25 le 10 février 1943, deux semaines seulement après son entrée à Birkenau. À la fin de l’année, les autorités allemandes annoncent à Lucien une mort par crise d’urémie, formule administrative qui masque les conditions concentrationnaires. Marie a cinquante-deux ans et laisse derrière elle son café devenu lieu de résistance.
Dès mai 1945, Saint-Denis donne son nom à une rue. Une plaque est également apposée sur l’immeuble où elle a vécu et son nom figure parmi les déportés de la ville. Ces hommages inscrivent dans l’espace public la mémoire d’une cafetière qui transforma un commerce ordinaire en relais clandestin et en paya le prix.