Marie-Louise Bonnot naît le 27 février 1899 à Nevers, dans la Nièvre. Son père, Charles Bonnot, est journalier puis manœuvre au chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée ; sa mère se nomme Rosalie Legrand. Marie-Louise commence elle-même à travailler pour le chemin de fer. Le 4 octobre 1919, elle épouse Raoul Jourdan, typographe récemment démobilisé et titulaire de la Croix de guerre.
Leur fils Robert naît en 1920. Installée ensuite à Paris, la famille habite rue Letort, dans le 18e arrondissement. Raoul travaille comme linotypiste, notamment à Paris-Soir puis au Petit Journal. Marie-Louise tient une teinturerie dont le couple possède le fonds de commerce, rue Mélingue, dans le 19e arrondissement. Cette boutique et leur appartement deviennent des points d’appui clandestins.
Pendant l’exode de 1940, elle rencontre Germaine Pican et Lucie Guérin, militantes communistes. À partir de 1941, Marie-Louise sert de « boîte aux lettres » entre Lucie, emprisonnée, et sa fille Claudine. Elle héberge aussi Germaine Pican lorsque celle-ci vient rencontrer son mari André, dirigeant clandestin recherché. Des rendez-vous et des échanges ont lieu à la teinturerie.
Le 15 février 1942, après une longue filature d’André Pican, les policiers arrêtent celui-ci puis se rendent chez les Jourdan. Marie-Louise, Raoul et Germaine Pican sont appréhendés ; Robert l’est peu après. Les perquisitions livrent des tracts, des carnets d’adresses et des documents manuscrits. Le 21 février, Marie-Louise est consignée au dépôt de la préfecture de police.
Le 24 août 1942, elle est remise à l’armée d’occupation et internée au fort de Romainville sous le numéro 666. Le 22 janvier 1943, elle fait partie du premier groupe transféré à Royallieu. Deux jours plus tard, elle est déportée avec 229 autres femmes. Le train arrive à Auschwitz le 26 janvier au soir, après la séparation des wagons masculins.
À Birkenau, Marie-Louise reçoit le matricule 31665, tatoué sur son avant-bras gauche. Après deux semaines de quarantaine, les détenues sont livrées aux appels, aux corvées et aux Kommandos. Selon Charlotte Delbo, elle contracte le typhus et meurt en avril 1943. La notice ne permet pas de fixer un jour précis pour son décès.
Marie-Louise Jourdan demeure la cheminote devenue commerçante qui met son logement et sa boutique au service de liaisons clandestines. Épouse et mère, elle est arrêtée avec les siens pour avoir aidé des militants pourchassés. Derrière le matricule 31665, sa mémoire rappelle ces formes discrètes mais essentielles d’accueil, de transmission et de solidarité résistante.