Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Marie-Louise Pierrette Moru, dite Lisette, naît le 27 juillet 1925 à Port-Louis, dans le Morbihan. Elle est la deuxième de trois enfants, au sein d’une famille qui adopte aussi trois orphelins. Son père travaille à l’Arsenal et sa mère vend du poisson. Lisette grandit dans un foyer vivant et uni, entourée de frères, de sœurs et d’enfants recueillis.
Après son certificat d’études, elle prépare un certificat d’aptitude professionnelle de couturière qu’elle obtient en 1941. Faute de travail dans ce métier, elle devient manutentionnaire dans une conserverie de sardines. Elle n’a que seize ans, mais refuse déjà de rester indifférente. Avec des amis, elle surveille les mouvements des forces d’occupation, transmet des renseignements, porte des messages et aide de jeunes hommes à gagner la zone libre.
Le 14 juillet 1942, Lisette participe à une collecte pour déposer deux couronnes sur les tombes de pilotes britanniques. Elle agit ouvertement, avec une détermination qui surprend ceux qui la voient passer. Elle rassemble aussi les noms de personnes qui collaborent avec l’occupant et confie cette liste à son ami Louis Séché.
À la suite d’une dénonciation, Lisette et Louis sont convoqués le 8 décembre 1942 à la Kommandatur de Lorient. Ils n’en ressortent pas. Lisette est emprisonnée à Vannes, puis transférée au fort de Romainville où elle reçoit le matricule 1332. Dans la seule lettre qu’elle peut envoyer à ses parents, elle tente de les rassurer et leur parle de la solidarité entre les détenues qui partagent leurs colis avec elle.
Le 24 janvier 1943, Lisette est déportée dans le convoi des 31000. Louis se trouve dans le même train parmi les hommes. En Allemagne, les wagons sont séparés. Lisette arrive à Auschwitz le 26 janvier au soir. Elle reçoit le matricule 31825, tatoué sur son avant-bras gauche.
Le 3 février 1943, elle est photographiée à Auschwitz. Sur l’une des images, elle regarde l’objectif avec un sourire qui semble encore défendre sa dignité et sa jeunesse. Derrière le matricule et la tenue rayée, elle reste une adolescente de dix-sept ans.
Atteinte d’une dysenterie sévère, Lisette est admise au quartier des malades de Birkenau. Elle y meurt en mars 1943, à seulement dix-sept ans. Dans ses derniers instants, elle pense encore à ses parents. Louis survivra presque jusqu’à la libération de son camp, puis disparaîtra à son tour en avril 1945.
Lisette avait obtenu son diplôme de couturière, aimé sa famille, aidé ses amis et osé résister alors qu’elle était encore presque une enfant. Son sourire photographié derrière les barbelés semble traverser le temps pour nous rappeler qu’on lui a volé toute une vie. Ses parents n’ont jamais revu leur fille, seulement ce visage qui souriait encore alors que son avenir venait déjà de lui être arraché.