Marie-Louise Cribier naît le 18 août 1888 en Mayenne. Elle épouse Henri Morin, menuisier, avec lequel elle fonde une famille. Devenue veuve en 1933, elle accompagne ses enfants dans leur entrée dans la vie adulte. Lorsque sa fille Madeleine achève son apprentissage de coiffure, Marie-Louise lui achète un fonds de commerce rue de Charenton, à Paris.
Mère et fille vivent ensemble et tiennent le salon. Sous l’Occupation, ce lieu ordinaire devient un point d’appui pour une filière de sauvetage. « Pierrot », le fiancé de Madeleine, est camionneur et transporte clandestinement des Juifs lors de ses déplacements. Le groupe fournit aussi de faux papiers et organise des passages vers la zone non occupée.
Le 6 septembre 1942, une rafle à la gare de Lyon frappe des voyageurs dont les faux papiers ne possèdent pas de double dans les fichiers de la préfecture. L’enquête remonte jusqu’au salon. Le 24 septembre, deux semaines après les premières arrestations, la Gestapo vient saisir Marie-Louise et Madeleine sur leur lieu de travail et à leur domicile commun.
Après quelques jours à la Santé, les deux femmes arrivent au fort de Romainville au début d’octobre. Elles y restent ensemble jusqu’au transfert vers Royallieu, puis montent dans le convoi du 24 janvier 1943. À Auschwitz, Marie-Louise est enregistrée sous le matricule 31710 ; le numéro exact de Madeleine n’est pas établi dans la notice.
À Birkenau, Marie-Louise, âgée de cinquante-quatre ans, s’affaiblit très vite. Fernande Laurent l’aide à marcher jusqu’à son admission au Revier. Des témoignages situent sa mort à la fin de février 1943, mais le Livre des morts d’Auschwitz donne le 20 mars. En l’absence de preuve décisive, cette différence de datation doit être conservée.
Aucun autre témoignage détaillé ne décrit ses dernières semaines. Sa déportation ne peut pourtant être séparée de l’acte qui la précède : une mère met son foyer et le commerce acheté pour sa fille au service d’une chaîne de sauvetage. Arrêtée avec Madeleine, elle meurt dans le même camp, sans savoir le sort final de son enfant.
La photographie d’Auschwitz reproduite ici est identifiée comme celle de Marie-Louise. Elle donne un visage à la mère, tandis que l’absence d’un portrait distinct de Madeleine est explicitement signalée. Réunies par le salon, la résistance et la déportation, les deux femmes doivent néanmoins rester distinguées dans leur histoire et dans leurs incertitudes documentaires.