Marie-Louise et Madeleine MORIN

Une mère et sa fille, déportées ensemble
🕊️ Mortes en déportation
Portrait documenté de Marie-Louise et Madeleine MORIN
Crédit non indiqué par la source

Marie-Louise MORIN, née Cribier

Matricule 31710

Marie-Louise Cribier naît le 18 août 1888 en Mayenne. Elle épouse Henri Morin, menuisier, avec lequel elle fonde une famille. Devenue veuve en 1933, elle accompagne ses enfants dans leur entrée dans la vie adulte. Lorsque sa fille Madeleine achève son apprentissage de coiffure, Marie-Louise lui achète un fonds de commerce rue de Charenton, à Paris.

Mère et fille vivent ensemble et tiennent le salon. Sous l’Occupation, ce lieu ordinaire devient un point d’appui pour une filière de sauvetage. « Pierrot », le fiancé de Madeleine, est camionneur et transporte clandestinement des Juifs lors de ses déplacements. Le groupe fournit aussi de faux papiers et organise des passages vers la zone non occupée.

Le 6 septembre 1942, une rafle à la gare de Lyon frappe des voyageurs dont les faux papiers ne possèdent pas de double dans les fichiers de la préfecture. L’enquête remonte jusqu’au salon. Le 24 septembre, deux semaines après les premières arrestations, la Gestapo vient saisir Marie-Louise et Madeleine sur leur lieu de travail et à leur domicile commun.

Après quelques jours à la Santé, les deux femmes arrivent au fort de Romainville au début d’octobre. Elles y restent ensemble jusqu’au transfert vers Royallieu, puis montent dans le convoi du 24 janvier 1943. À Auschwitz, Marie-Louise est enregistrée sous le matricule 31710 ; le numéro exact de Madeleine n’est pas établi dans la notice.

À Birkenau, Marie-Louise, âgée de cinquante-quatre ans, s’affaiblit très vite. Fernande Laurent l’aide à marcher jusqu’à son admission au Revier. Des témoignages situent sa mort à la fin de février 1943, mais le Livre des morts d’Auschwitz donne le 20 mars. En l’absence de preuve décisive, cette différence de datation doit être conservée.

Aucun autre témoignage détaillé ne décrit ses dernières semaines. Sa déportation ne peut pourtant être séparée de l’acte qui la précède : une mère met son foyer et le commerce acheté pour sa fille au service d’une chaîne de sauvetage. Arrêtée avec Madeleine, elle meurt dans le même camp, sans savoir le sort final de son enfant.

La photographie d’Auschwitz reproduite ici est identifiée comme celle de Marie-Louise. Elle donne un visage à la mère, tandis que l’absence d’un portrait distinct de Madeleine est explicitement signalée. Réunies par le salon, la résistance et la déportation, les deux femmes doivent néanmoins rester distinguées dans leur histoire et dans leurs incertitudes documentaires.

Madeleine MORIN

Matricule exact non établi (31…)

Madeleine Morin naît vers 1922 ; la notice ne fournit ni date ni lieu précis, mais indique qu’elle n’a pas encore vingt et un ans à sa mort. Fille de Marie-Louise et du menuisier Henri Morin, elle perd son père en 1933. Elle apprend le métier de coiffeuse et, grâce au fonds acheté par sa mère, tient un salon rue de Charenton à Paris.

Le salon et le logement partagé avec Marie-Louise deviennent un maillon d’une filière aidant des Juifs à fuir les persécutions. Le fiancé de Madeleine, surnommé « Pierrot », profite de ses voyages de camionneur pour cacher hommes, femmes et enfants. D’autres membres du groupe obtiennent de fausses cartes d’identité et dirigent des fugitifs vers un passeur de la ligne de démarcation.

Le 6 septembre 1942, à la gare de Lyon, des contrôles révèlent que plusieurs cartes présentées par des voyageurs n’ont pas de double au fichier préfectoral. La filière est compromise. La Gestapo se rend au salon de coiffure, puis revient arrêter Madeleine et sa mère le 24 septembre. Les deux femmes sont détenues quelques jours à la Santé.

Au début d’octobre, Madeleine arrive avec Marie-Louise au fort de Romainville. En janvier 1943, elles rejoignent Royallieu et sont déportées dans le même convoi vers Auschwitz. La notice laisse incomplet son matricule, noté seulement « 31… ». Il serait donc trompeur de lui attribuer un numéro précis par déduction à partir de celui de sa mère.

À Birkenau, Madeleine endure la quarantaine, le Block 26, les appels et les kommandos. Sa mère disparaît la première, à la fin de février ou le 20 mars selon les sources. Madeleine contracte ensuite le typhus, maladie favorisée par l’entassement, les poux et l’absence de soins. Elle meurt à la fin d’avril 1943, avant son vingt et unième anniversaire.

Fernande Laurent survit à la déportation et, à son retour, annonce la mort de Madeleine à sa sœur. Cette transmission par une compagne constitue l’un des rares éléments personnels conservés. La source ne permet pas de savoir si Madeleine reçoit la nouvelle de la mort de sa mère ni dans quelles circonstances exactes se déroulent ses derniers jours.

Aucun portrait distinct et authentifié de Madeleine n’est identifié sur la page source. La photographie affichée dans la fiche familiale est celle de Marie-Louise, avec une légende qui évite toute confusion. Derrière les lacunes demeure le choix de Madeleine : mettre son métier, son commerce et ses liens au service de personnes pourchassées, jusqu’à l’arrestation et la déportation.