Marie et Simone ALIZON

Marie ALIZON

Dite « Mariette »
Matricule 31777
🕊️ Morte en déportation
Photographie en noir et blanc de Marie et Simone Alizon réunies
Marie et Simone Alizon. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Marie Alizon naît le 9 mai 1921 à Rennes, en Ille-et-Vilaine. Ses parents, issus de familles paysannes modestes, tiennent un hôtel près de la gare. Aînée de la fratrie, elle grandit auprès de Simone, née quatre ans après elle. Après son brevet élémentaire, Marie quitte l’école et travaille à la réception de l’établissement familial. En octobre 1941, un responsable du réseau de renseignement « Johnny » cherche un nouveau point d’émission après des arrestations dans le Finistère. L’hôtel, proche de la gare mais disposant de plusieurs accès, convient. Marie accepte d’y accueillir des opérateurs radio et des membres du réseau en transit. Elle informe aussitôt Simone, qui partage son engagement. Les deux sœurs reçoivent des renseignements codés diffusés par Radio-Londres et les transmettent aux opérateurs, qui communiquent avec l’Angleterre. L’hôtel sert également de refuge temporaire. Leur père, conscient du danger, les met en garde mais leur accorde tacitement son soutien. Marie s’éprend de l’un des jeunes radios alors que la police resserre progressivement son étau. Le fiancé de Marie est arrêté en février ou mars 1942. Informée, elle refuse pourtant de fuir afin de ne pas abandonner son père auprès de leur mère gravement malade. Le 13 mars, des Feldgendarmes l’arrêtent à l’hôtel. Après trois jours à la Tour pointue de Rennes, elle est transférée à la prison de la Santé, à Paris. Le 10 novembre 1942, Marie et Simone sont conduites au fort de Romainville, où Marie reçoit le matricule 1193. Une lettre de leur père leur apprend peu avant la déportation que leur mère est morte le 5 juillet. Le 23 janvier 1943, elles rejoignent Royallieu à Compiègne, puis sont déportées le lendemain dans le convoi des 230 femmes. Le train arrive à Auschwitz le 26 janvier. À Birkenau, Marie devient la détenue 31777, numéro tatoué sur son avant-bras. Le 3 février, elle est photographiée à Auschwitz-I selon les trois vues anthropométriques. Après la quarantaine au Block 14, elle subit la faim, les corvées, la maladie et les conditions meurtrières du camp de femmes. Marie Alizon meurt à Birkenau le 3 juin 1943, trois semaines après son vingt-deuxième anniversaire. Simone lui survit et porte après-guerre le récit de leur engagement commun. Derrière le matricule 31777 demeure la jeune hôtelière rennaise qui choisit de mettre son travail, sa maison et sa liberté au service d’un réseau de la France libre.

Simone ALIZON

Dite « Poupette »
Matricule 31776
🟢 Résistante survivante, rapatriée en 1945
Photographie en noir et blanc de Marie et Simone Alizon réunies
Marie et Simone Alizon. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Simone Alizon naît le 24 février 1925 à Rennes, quatre ans après sa sœur Marie. Fragile durant l’enfance, elle est placée en nourrice à la campagne, puis séjourne dans un préventorium et une clinique. Elle revient ensuite vivre à l’hôtel tenu par ses parents près de la gare. Avec Marie, elle suit l’actualité et partage bientôt le refus de l’Occupation. À l’automne 1941, Marie accepte d’héberger dans l’hôtel familial les opérateurs du réseau de renseignement « Johnny ». Simone participe pleinement à cette activité clandestine. Elle transmet des informations, aide les radios et sert de courrier au réseau. Les deux sœurs accueillent également des agents en transit ou recherchés, avec l’accord tacite de leur père. Cinq jours après l’arrestation de Marie, des Feldgendarmes arrêtent Simone alors qu’elle part à l’école. Elle n’a que dix-sept ans et paraît plus jeune encore, mais la police connaît son rôle de courrier. Elle refuse, comme sa sœur, de quitter Rennes et de laisser leurs parents seuls. Elle est emprisonnée à son tour dans le quartier allemand de la Santé. Le 10 novembre 1942, Simone arrive au fort de Romainville et reçoit le matricule 1191. Avec Marie, elle apprend la mort de leur mère par une lettre paternelle. Transférées à Royallieu le 23 janvier 1943, les sœurs sont déportées le lendemain. À Birkenau, Simone est enregistrée sous le matricule 31776 et photographiée à Auschwitz-I le 3 février. Après la mort de Marie le 3 juin 1943, Simone poursuit seule le parcours concentrationnaire. Elle rejoint le Kommando de Raïsko, où un groupe de Françaises organise l’entraide et des actes de résistance. Le 7 janvier 1944, elle est transférée à Ravensbrück, puis, le 9 août, au Kommando de Beendorf dépendant de Neuengamme, dans une usine souterraine de pièces de V1. Évacuée le 10 avril 1945, elle endure douze jours dans un wagon à bestiaux, puis passe par Hambourg-Sasel. Le 2 mai, un transfert organisé avec la Croix-Rouge ouvre la voie à sa libération et à son retour en France. Cette survie n’efface ni les pertes familiales ni les lourdes séquelles physiques et morales de la déportation. Après-guerre, Simone épouse Jean Le Roux, l’un des fondateurs du réseau « Johnny ». Elle témoigne notamment dans L’Exercice de vivre, publié en 1996. Derrière le matricule 31776 demeure l’adolescente devenue agente de liaison, survivante de Birkenau, Ravensbrück et Beendorf, qui maintient vivante la mémoire de Marie et de leurs compagnes.