Paul, Émile, Constantin, Gianni naît le 19 février 1922 à Paris 15e, chez ses parents, Pierre Gianni, 25 ans, employé de commerce, et Rose Martini, 27 ans, son épouse, domiciliés au 10 rue Desnouettes. Il a un frère cadet, Antoine, Camille , né le 12 juin 1923 à Paris.
Au moment de son arrestation, Paul Gianni est domicilié chez ses parents au 14, rue de Vichy à Paris 15e, avec son frère. Il est célibataire et étudiant au Lycée Buffon, dans le même arrondissement.
Le lycée Buffon dans les années 1900. Carte postale retouchée. Collection Mémoire Vive.
Sous l’occupation, Paul Gianni adhère aux Jeunesses communistes clandestines : il appartient à un “triangle” formé de trois garçons, lui-même, Jean Christian – ancien condisciple de son frère – et Jean Nicolaï, placé sous l’autorité d’une responsable, Jeannine Gagnebin, 17 ans [1]. Son groupe du 15e arrondissement fabrique des tracts et des papillons qu’ils distribuent et qu’ils collent. Leur chef de secteur serait Georges Citerne (pseudo « Éric »), alors responsable de la diffusion de la propagande dans le 15e arrondissement.
Dans la nuit du 15 décembre 1940, vers 22 heures, alors que Camille Gianni, son frère, et Jean Christian collent des affiches dans la rue des Volontaires (« Pour que vos enfants aient du pain »), ils sont surpris par une patrouille d’agents cyclistes. Camille parvient à s’enfuir, mais Jean Christian est appréhendé. Interrogé par le commissaire de police de la circonscription lors de la perquisition opérée à son domicile et devant les preuves qui l’accablent, le jeune homme livre toutes les informations qu’il possède sur son groupe.
Le 18 décembre 1940, Paul Gianni est arrêté à son domicile par des agents du commissariat de son quartier (Saint-Lambert), en même temps que son frère Camille, Jeannine Gagnebin, une jeune femmes et deux autres garçons (dont Jean Nicolaï). Inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 par un juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine, tous sont placés sous mandat de dépôt. Paul Gianni est conduit à la Conciergerie, située sous le Palais de Justice. Le lendemain, il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).
Le 11 janvier 1941, lors du procès verbal d’interrogatoire et de confrontation, les frères Gianni sont assistés par Maître Rolnikas.
Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage. (montage photographique)
Le 1er mars, les cinq garçons et les deux jeunes filles comparaissent devant la chambre des mineurs (la 15e) du Tribunal correctionnel de la Seine. Celle-ci condamne Paul Gianni à trois mois d’emprisonnement et son frère Camille à six mois, aucun d’eux n’ayant d’antécédent judiciaire ni ne faisant l’objet de renseignement défavorable. Sa peine étant couverte par sa détention préventive, Paul Gianni est conduit à l’établissement pénitentiaire de Fresnes (Seine / Val-de-Marne) pour sa levée d’écrou et libéré le jour même.
Le 28 avril 1942, il est de nouveau arrêté à son domicile, mais cette fois comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine, avec le concours de la police française, et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin ayant précédemment fait l’objet d’une procédure judiciaire, avec ou sans condamnation, notamment de jeunes mineurs ayant été remis à leur famille. Avec lui sont arrêtés Jean Christian et Jean Nicolaï. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht ( Frontstalag 122 – Polizeihaftlager ). Paul Gianni y est enregistré sous le matricule 4097.
Un angle du camp de Royallieu vu depuis le mirador central dont l’ombre se profile sur le sol. Le renfoncement à droite dans la palissade correspond à l’entrée du Frontstalag 122.
Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).