Raymond, Georges, Berthelot naît le 1er octobre 1907 à Paris 2e, fils d’Émile Berthelot et de Clémence Renault.
Il est appelé à accomplir son service militaire en 1927.
En 1930, Raymond Berthelot entre comme fonctionnaire de l’administration des Poste, Téléphone et Télégraphe (PTT). En avril 1932, après avoir réussi un concours, il devient vérificateur.
Au moment de son arrestation, il est domicilié au 5, rue Rataud à Paris 5e. Il est célibataire ; sa mère, veuve, habite dans la Nièvre, à Saint-Martin-sur-Nohain.
Pendant un temps, jusqu’au déclenchement de la guerre, il est membre de la commission de contrôle d’un club sportif corporatif où il fait la connaissance d’André G., également vérificateur. Pendant un temps, il fréquente également La Famille nouvelle , section de République.
À une date restant à préciser, Raymond Berthelot devient administrateur de l’Union coopérative du personnel des PTT, fondée en mai 1939 pour faciliter les achats des adhérents, soit directement auprès des fournisseurs, soit aux rayons du siège, au 16, boulevard Voltaire (Paris 11e) ; en septembre 1941, l’association groupera 6000 adhérents et emploiera deux vendeuses et une cuisinière.
Connu des services des Renseignements généraux, signalé « au début des hostilités » comme dangereux pour la Défense nationale par la direction des PTT, Raymond Berthelot – mobilisé dans l’affectation spéciale – est déplacé à Rouen. Il reprend son poste à Paris après la Débâcle, comme vérificateur au central téléphonique Odéon, à Paris.
Au premier trimestre 1941, il fait la connaissance d’une vendeuse de la coopérative du personnel PTT, Rose M., née le 7 janvier 1905 à Nice et mariée en 1923 avec Moïse M., né en 1890 à Lodz (Pologne), artiste peintre. En 1938, Rose M. était employée par la cuisine Diderot du personnel des PTT, sise avenue Daumesnil. Membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme , elle a été interpellée par la police le 14 juillet 1939, alors qu’elle procédait à la vente d’insignes sur la voie publique. Pendant un temps, elle s’est occupée des intérêts d’Haïm Léon Rothemberg, né en Russie, propriétaire-directeur de l’imprimerie La Coopérative Étoile , au 18-20, faubourg du Temple, qui travaillait exclusivement, avant la guerre, pour les organismes soviétiques en France. Au cours de la Débâcle (ou avant), elle a été séparée de son mari et de ses enfants (16 et 11 ans), qui restent en zone Sud, à Nice. Fin 1939 ou début 1940, elle a été embauchée à la coopérative.
Le 12 mai 1941, dix jours après que le président du Conseil d’administration de la coopérative, Fernand Piccot, ait été arrêté par la police française pour activités de propagande, Raymond Berthelot est désigné à son poste par le CA. Se rendant tous les deux jours à la coopérative, il se lie d’amitié avec Rose M. Le soir, après son travail, il lui rend fréquemment visite à son domicile au 94, rue de Sèvres, premier étage. Ils prennent leur repas du soir ensemble et, le dîner terminé, il rentre chez lui. Le logement de Rose M. avait été immédiatement perquisitionné, sans succès, à la suite de l’arrestation de F. Piccot.
Le 4 septembre 1941, le collègue de Raymond Berthelot, André G., est signalé à la police (par sa hiérarchie ?) après qu’un plan détaillé de son lieu de travail ait été découvert derrière un meuble de son service, au central Ségur. Le plan est laissé en place et G. est pris en filature pour établir quelles sont ses relations extérieures. Cette surveillance n’amenant pas d’indications intéressantes, G. est arrêté le 8 septembre. Lors de l’interrogatoire auquel il est soumis, il nie d’abord les faits, puis prétend que ces plans lui ont été remis par un nommé « Georges ». De nouveau interrogé le lendemain, André G. déclare finalement que c’est Raymond Berthelot qui lui a demandé ce document en ajoutant qu’il en avait lui-même de tous les autres centraux. G. déclare avoir détruit le 5 septembre ce dessin qu’il reconnait avoir tracé et qui aurait permis à un individu ignorant totalement les lieux de se rendre aux organes vitaux du central en évitant les points dangereux (poste allemand, concierge,…). André G. est conduit au Dépot le 10 septembre.
Mis en cause, Raymond Berthelot est pris à son tour en filature dans la perspective que soit découvert un réseau. Mais, le 11 septembre, en soirée, la concierge de l’immeuble du 94, rue de Sèvres ayant provoqué un petit incident susceptible d’alerter l’objet de leur surveillance, qui vient de monter chez son amie, les policiers décident de l’arrêter immédiatement pour le conduire dans les locaux de la police judiciaire à la préfecture. Le lendemain, les policiers appréhendent Rose M. sur son lieu de travail, à la coopérative.
Leurs logements respectifs font l’objet d’une visite domiciliaire. Chez Raymond Berthelot, celle-ci ne donne aucun résultat. Chez Rose M., n’est trouvé non plus aucun document susceptible d’intéresser l’information. Toutefois, dans une pièce à usage de chambre à coucher, dans le tiroir d’un bahut, sont découverts deux documents dactylographiés intitulés : « Extrait de l’hebdomadaire Das Reich du 27 juillet 1941. Vingt-quatre heures. Du correspondant de guerre Schwarz von Berk ». Interrogée, Rose M. répond être surprise de la découverte de ces documents, précisant qu’elle ne dort pas habituellement dans cette pièce, qui fut occupée par Rothemberg jusqu’en avril 1940. Aux policiers, qui lui font remarquer l’incohérence des dates, Rose M. répond : « Je ne puis que maintenir ce que j’ai déclaré ; je ne vois pas dans quelles conditions ces documents sont venus chez moi ».