Raymonde Élise Delalande naît le 17 août 1903 à Saint-Martin-le-Beau, en Indre-et-Loire. Fille du cultivateur Étienne Delalande et de Silvine Rose Lemaine, elle est la benjamine de six enfants et obtient son certificat d’études primaires. Elle épouse le boucher Paul Sergent à Paris le 26 septembre 1925. Le couple a une fille, Gisèle, née en 1929.
En 1927, Raymonde et Paul reviennent à Saint-Martin-le-Beau et deviennent propriétaires du Café de l’Union, hôtel-café-restaurant situé rue d’Amboise. Tous deux adhèrent avant-guerre au Parti communiste français. Lorsque Paul est mobilisé puis fait prisonnier en juin 1940, Raymonde tient seule l’établissement, près de la ligne de démarcation établie sur le Cher.
Dès 1940, sous les noms de guerre « Denise », puis « Rossignol », elle transforme son café en relais clandestin. Avec l’abbé Marcel Lacour, la famille Pelé et d’autres habitants, elle héberge, nourrit et renseigne des prisonniers évadés, des résistants et des Juifs cherchant à gagner la zone non occupée. Elle cache aussi des documents et organise des itinéraires de passage.
Dénoncée, Raymonde est arrêtée une première fois le 6 juin 1941. Incarcérée au Cherche-Midi à Paris, elle est condamnée à deux mois de prison, puis libérée le 6 août. Arrêtée de nouveau le 12 avril 1942 et détenue à la Santé, elle retrouve la liberté le 26 juillet. Malgré la surveillance, elle reprend son rôle d’étape clandestine.
Le 23 septembre 1942, une troisième arrestation la conduit à la prison de Tours. Transférée le 6 novembre au fort de Romainville, elle y reçoit le matricule 1180. Le 23 janvier 1943, elle rejoint le camp de Royallieu à Compiègne. Le lendemain, elle est déportée avec le convoi des 230 femmes dites « 31000 », qui arrive à Auschwitz le 26 janvier.
À Birkenau, son matricule est probablement 31790, attribution qui demeure incertaine faute d’archives complètes ; sa photographie d’immatriculation n’a pas été retrouvée. Affaiblie par la faim, le travail forcé et la maladie, elle entre au Revier en avril 1943, souffrant notamment d’œdèmes et de la gorge. Des rescapées situent sa mort vers la fin du mois ; l’état civil retient le 30 avril 1943.
Déclarée « morte pour la France », Raymonde Sergent reçoit à titre posthume la médaille de la Résistance, la Croix de guerre avec palme et la Médaille militaire. Une rue de Saint-Martin-le-Beau porte son nom. Derrière le probable matricule 31790 demeure l’hôtelière, l’épouse et la mère qui fit de sa maison un refuge pour les persécutés et les fugitifs.