Renée Michaud. Coll. Denise Chaigneaud, née Triguel. Droits réservés.
En mars 1940, à la suite d’une distribution de tracts à La Rochelle, le commissaire de police convoque André Sautel, sans l’appréhender immédiatement : « Il me faut demain la machine sur laquelle ont été tirés ces tracts, sinon je vous arrête ». Au lieu d’aller quérir la ronéo, André Sautel entre dans la clandestinité, Renée Michaux avec lui. Mais ils sont connus et repérables en tant que couple : la direction clandestine du Parti communiste leur demande de poursuivre leurs activités dans des réseaux différents.
En 1941, sous le pseudonyme de “Marcelle”, elle organise les groupes locaux du Front National [1] en Gironde et assure les liaisons entre le Sud-Ouest et Paris, transportant tracts, renseignements et ordres. Habitant dans maints endroits, sous divers noms, elle organise imprimeries et dépôts de matériels.
Vers le mois d’août 1941, elle loue un logement au 3 rue du Buisson-Saint-Louis à Paris 10e – escalier “C”, dernier étage – en présentant une fausse carte d’identité au nom de « Louise Marcelle Beaucey ».
Elle est alors probablement agent de liaison basée à Paris. L’appartement qu’elle loue peut occasionnellement servir de planque pour d’autres clandestins.
Le 5 janvier 1942, la direction des Renseignements généraux de la préfecture de police apprend la présence à Paris d’André Pican, instituteur révoqué de Seine-Maritime faisant l’objet d’un avis de recherche émis par le parquet de Rouen, récemment désigné comme adjoint de Félix Cadras, responsable national à l’organisation du Parti communiste clandestin, afin de remplacer Jean Catelas (arrêté le 14 mai 1941 puis guillotiné). Des inspecteurs de la brigade spéciale sont lancés sur la piste du Haut-Normand, mettant à profit leurs surveillances et filatures.
André Pican, peu avant son arrestation. © Archives de la Préfecture de Police, Paris/Le-Pré-Saint-Gervais.
Le 21 janvier 1942, à partir de 11 h 40, le cadre clandestin est suivi au sortir d’un domicile non précisé dans le 20e arrondissement ; le rapport officiel de police ultérieur indique qu’il a seulement été repéré lors d’un rendez-vous à midi dans un café de la porte d’Orléans, mais c’est sans doute afin de protéger un indicateur. En début d’après-midi, André Pican continue à être “filé” quand il se rend, avec son “contact”, au 3 rue du Buisson-Saint-Louis. Puis il rejoint Renée Michaud au café “Brunet”, devant la bouche du métro Botzaris, avant de l’accompagner jusqu’à la gare Saint-Lazare, où elle va prendre un train. Les inspecteurs qui l’ont repérée la surnomment alors « femme Brunet St-Lazare ». À la nuit tombée, André Pican rejoint sa planque du moment, au 34 rue Letort (Paris 18e).
Il semble que Renée Michaud rentre de province le 29 janvier. Ce jour-là, à 11 h 30, elle retrouve André Pican au métro Belleville. Ensemble, ils se rendent au 3 rue du Buisson-Saint-Louis. Ils y cohabitent pendant les jours suivants, allant parfois ensemble en journée dans des cinémas voisins, peut-être pour y trouver un peu de chauffage…
Paris. La gare Saint-Lazare dans l’immédiat après-guerre. Carte postale, collection Mémoire Vive.
Le 31 janvier, à la gare Saint-Lazare, Renée Michaud prend un train pour Évreux (Eure) ; elle sera de retour avant le 11 février (à préciser…).
Début février, une opération de police distincte – amenant l’arrestation d’une cinquantaine de militants et la découverte de nombreux dépôts de matériel de propagande – semble inquiéter les cadres clandestins vivants à Paris, selon des indices relevés par les inspecteurs des brigades spéciales.