Reyna Van Dam naît le 17 avril 1922 à Paris, fille de Hendrik Van Dam, secrétaire de la Chambre de commerce néerlandaise à Paris, et de Théodora née Disper, 39 ans, hollandaise, son épouse, domiciliés à Saint-Mandé [1] (Val-de-Marne 94). Le couple aura une autre fille, Dorothea, née le 1er novembre 1923.
La Résistance dans une filière d’évasion
Sous l’occupation, Hendrik Van Dam appartient à un réseau grâce auquel des résistants hollandais s’évadent et passent en Angleterre.
En juin 1942, il a l’impression d’être repéré par la Gestapo : un individu qui se présente comme un évadé lui semble louche. Il décide de partir et se met en route le 30 juin pour Londres via le Portugal.
Sa femme et ses filles restent à Saint-Mandé.
Les arrestations
Le 19 octobre 1942, la Gestapo arrête Madame Van Dam. Elle est conduite rue des Saussaies, à Paris, siège de la Gestapo, pour y être interrogée, puis est envoyée – seule – le même jour au Fort de Romainville, camp allemand situé sur la commune des Lilas [1] (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, gardé par la Wehrmacht .
Inquiète de ne pas voir revenir sa mère, Reyna – vingt ans – fille aînée, va rue des Saussaies pour savoir, pour expliquer, pour plaider : elle veut la sauver. Dorothea, sa sœur, l’accompagne. Mais, au moment d’entrer, Reyna lui dit : « Non, attends-moi dehors . » À vingt heures, Dorothea rentre à la maison, prend ses affaires et part ; la Gestapo la cherchera ensuite en vain.
Reyna est emprisonnée au quartier allemand de la Maison d’arrêt de Fresnes [1] (94), au secret. Deux mois plus tard, le 8 janvier 1943, elle est transférée – seule future “31000” – au fort de Romainville où elle rejoint sa mère. Reyna Van Dam y est enregistrée sous le matricule n° 1399.
Auschwitz n° .
Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, Reyna et Theodora Van Dam font partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.
Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites en camion à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille.