Roger LEVACHÉ

Matricule 45791
decede
Portrait de Roger LEVACHÉ
Roger Levaché © Jean Levaché. Source et crédits : Déportés politiques à Auschwitz.
Convoi 45000

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Roger, Arnoult, Levaché naît le 5 août 1908 à Marcoussis [1] (Seine-et-Oise / Essonne) dans une famille de cultivateurs qui produisent des légumes de plein champ : choux, poireaux, tomates, salades, fraises… À force de labeur, ils sont parvenus à acheter une fermette sans animaux – excepté un cheval pour le travail de la terre (d’où, également, des parcelles consacrées au blé, à l’avoine et à la luzerne) – au 12, rue Émile-Zola.

Mobilisé au cours de la Première Guerre mondiale, le père de Roger Levaché (Alfred ?) meurt dans la nuit du 12 au 13 décembre 1917 à Saint-Michel-de-Maurienne lors du déraillement d’un train qui fait plusieurs centaines de victimes parmi des soldats revenants du front italien [2]. Sa mère continue de faire vivre l’exploitation, en employant des ouvriers agricoles. Elle peut l’étendre en achetant des terrains.

Devenu cultivateur à son tour, Roger Levaché épouse Hélène Petit, née le 19 mars 1908, cultivatrice, le 20 décembre 1930. Ils ont deux enfants : Jean, né le 3 novembre 1934, et (Guy dit) Jim, né le 31 décembre 1938. Par sa famille, Hélène héritera de terres portant la surface de l’exploitation à environ 7 hectares.

Militant dans les organisations agricoles et au Parti communiste, Roger Levaché exerce des responsabilités locales, participant à (ou organisant) des réunions dans les villages des environs (à La-Ville-du-Bois…). Selon un document d’archives daté de 1937, le maire de Marcoussis adresse à la préfecture de Versailles un rapport défavorable le concernant. Sa mère finit par partager ses convictions et adhère également au Parti communiste. Comme elle s’est forgé un bon niveau de connaissances, elle corrige les articles que son fils rédige pour la presse militante.

Ayant réussit a faire l’acquisition d’un tracteur – instrument rare avant la guerre -, Roger Levaché répond avec une ironie provocatrice aux suspicieux qu’il l’a acheté « avec l’argent de Moscou ». Il possède également un camion (Citroën A.U. 23) pour effectuer ses livraisons aux Halles de Paris et une petite automobile qui sera réquisitionnée par l’occupant. Pour empêcher l’utilisation de son tracteur (« S’ils le prennent, ils n’iront pas bien loin. »), il trafique discrètement le moteur de celui-ci ; sabotage qui ne sera découvert qu’après la Libération, lors de la mise en route problématique de la machine.

Roger Levaché reste actif dans la clandestinité ; sa mère et son épouse connaissent ses activités. Il est dénoncé par deux personnalités de la commune dont un ancien adjudant qui écrit de lui : « Très adroit, ne peut être pris en défaut ».

Le 14 janvier 1941, le préfet de Seine-et-Oise signe l’arrêté ordonnant l’internement administratif de Roger Levaché, comme militant. Le 18 janvier – un jour de neige -, des gendarmes à vélo viennent le chercher à son domicile, mais celui-ci est parti assister à des obsèques. Ils questionnent d’abord un ouvrier agricole sciant du bois à l’extérieur des bâtiments et qu’ils prennent pour leur suspect. Finalement, les gendarmes attendent son retour dans la soirée, sur la route de Monthléry à Marcoussis, pour l’interpeller. Ils le ramènent ensuite chez lui pour prendre quelques affaires. Là, sa mère, son épouse et ses enfants assistent à son départ.

Roger Levaché est d’abord conduit au commissariat de Limours, puis interné administrativement au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre. Son épouse et ses enfants lui rendent une visite dans ce camp.

Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante.

L’administration du centre censure sa correspondance a plusieurs reprises. On relève notamment cette fois où il écrit : « Où faut-il que nous soyons arrivés pour que les nouvelles bastilles se peuplent de plus en plus ?… jusqu’à ce qu’elles tombent, bien entendu ».

Son épouse, de caractère fragile, étant très ébranlée par cette situation, sa mère prend les rênes de l’exploitation.