Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Le 18 avril 1918, Rolande, Jeanne Merlin naît à la maternité de l’hôpital Tenon (4 rue de la Chine), à Paris 20e, fille de Charlotte Merlin, 20 ans, emboutisseuse, et de père inconnu. L’année suivante, le 3 février 1919, elle est reconnue par Jean Baptiste Arthur Milan, 22 ans, mécanicien domicilié au 56, rue de Bagnolet (chez ses parents), avant d’être légitimée par le mariage de Charlotte et Jean Baptiste quelques jours plus tard, le 15 février, à la mairie du 20e.
Le 13 octobre 1923 à la mairie du 20e arrondissement, sa tante Henriette Merlin, 20 ans, épouse Alphonse L’Huillier, 22 ans, alors plombier. Ils ont un fils, Roger, né un an plus tard. Lors des recensements de 1926 et 1931, les L’Huillier habitent au 14, rue Ramponneau (Paris 20e), dans un petit immeuble dont Marie Merlin, grand-mère de Rolande, est devenue concierge. En 1930, Alphonse L’Huillier devient employé des Pompes funèbres municipales de Paris ; par la suite, Henriette, son épouse, cessera de travailler.
Le 19 janvier 1931, le mariage de Charlotte, mère de Rolande, est dissous par jugement de divorce ; son ex-mari – et père déclaré de Rolande – décède le 11 juin suivant à son domicile de la rue de Bagnolet (Paris 20e).
Le 5 septembre suivant à Bondy (Seine / Hauts-de-Seine), Charlotte, 33 ans, épouse Henri Douillot, 30 ans, mécanicien-outilleur, qui possède un atelier de petite mécanique à Bondy où elle travaille avec lui comme découpeuse : Charlotte Delbo rapporte que c’est « un métier où l’on se coupe aussi les doigts. Quand nous l’avons connue, toutes les premières phalanges manquaient à sa main droite. » En 1932, ils habitent avec Rolande, alors âgée de 14 ans, dans le pavillon de Gustave Jules Douillot, père d’Henri, ouvrier bijoutier, au 21 allée (puis rue) Racine, à une extrémité de cette voie du quartier des Coquetiers (depuis le recensement de 1926, une famille Vandaele, d’origine belge, dont le père est peintre en bâtiment et composée de cinq enfants nés à Bondy, habite au 2 de l’allée Racine, à son autre extrémité).
Henri Douillot est un militant communiste. Le 12 mai 1935, il est élu conseiller municipal communiste de Bondy, sur une liste de coalition socialiste et communiste.
Le 8 septembre 1939, il est mobilisé au 11e régiment du Génie à Versailles. Fin décembre, il est renvoyé en affectation spéciale, travaillant dans son atelier comme sous-traitant pour la Maison Bournier Frères, 39 rue Bréguet à Paris.
Le 25 novembre 1939, à la mairie de Bondy, Rolande Milan, 21 ans, se marie avec un voisin de l’allée Racine, Jean Émile Vandaele, auxiliaire aux PTT avant la déclaration de guerre. Son récent mari sera prisonnier de guerre en Allemagne après juin 1940 ; ils n’auront eu que vingt-trois jours de vie commune au cours de permissions de détention pendant la « drôle de guerre ». Ils n’ont alors pas d’enfant.
En février 1940, le beau-père de Rolande, Henri Douillot est convoqué à la police pour signer une renonciation au Parti communiste. Il refuse. Le 29 de ce mois, le conseil de préfecture de la Seine le déchoit de son mandat électif. Le 15 mars suivant, Henri Douillot reçoit un ordre de route militaire pour rejoindre la 1re Compagnie spéciale de travailleurs militaires indésirables de la ferme Saint-Benoît, unité disciplinaire cantonnée au Perray près de Rambouillet (Seine-et-Oise / Yvelines) [1]. Puis il est transféré à la 4e compagnie à Roybon (Isère), dans les locaux d’une usine de tissage désaffectée. Finalement (le 20 août ?), il est interné à la citadelle de Sisteron (Basses-Alpes / Alpes-de-Haute-Provence) d’où il s’évade le 14 mars 1941 avec Frédéric (Frédo) Sérazin, autre militant communiste avec lequel il s’est lié d’amitié.
Sisteron, la citadelle dans les années 1900. Carte poste, collection Mémoire Vive.
Revenu à Paris, Henri Douillot doit dès lors vivre en clandestinité, en étant hébergé par des camarades. En septembre suivant, il entre à l’O.S. [2]. Affecté à la commission des cadres, il instruit les nouvelles recrues sur leurs futures missions.
Sous l’Occupation, Rolande Vandaele est coupeuse à la Maison Jean Forest, 9 rue du Cirque à Paris 8e, et habite chez Gustave Douillot, père de son beau-père, au 21 allée Racine à Bondy, en compagnie de sa mère, Charlotte Douillot.