Photographie individuelle non retrouvée. Image de remplacement.
Suzanne Momon naît le 10 août 1896 à Paris, dans le faubourg Saint-Antoine. Son père, chef de chantier, disparaît lorsqu’elle a huit ans. Pour aider sa mère à élever les cinq enfants, elle quitte très tôt l’école et travaille à domicile à la fabrication de brosses, puis comme ouvrière dans une usine de peinture.
Pendant la Première Guerre mondiale, elle rencontre Gustave Brustlein, soldat réformé en raison d’une tuberculose contractée pendant son service. Ils fondent une famille et ont deux enfants, dont Gilbert, né le 20 mars 1919. Gustave meurt la même année. Suzanne élève alors seule ses enfants, sans pension ni véritable soutien.
Elle apprend le métier de tapissière et se construit une clientèle fidèle. Malgré une scolarité très courte, elle s’instruit seule, lit beaucoup et assiste aux pièces classiques de la Comédie-Française. Elle élève ses enfants dans les valeurs laïques et sociales transmises par leur père.
Son fils Gilbert s’engage dans la Résistance armée. À l’automne 1941, lorsque les policiers recherchent Gilbert, Suzanne parvient à le prévenir. Elle est arrêtée entre le 30 octobre et le 1er novembre 1941. Sa sœur, son frère et plusieurs membres de la famille sont également emmenés, puis relâchés. Suzanne est interrogée, emprisonnée à la Santé, puis internée à la Petite-Roquette, aux Tourelles et au fort de Romainville.
Libérée brièvement le 3 septembre 1942, elle comprend qu’il peut s’agir d’un piège. Pourtant, elle rentre chez elle et se présente aux convocations afin d’éviter que d’autres membres de sa famille soient arrêtés à sa place. Le 8 septembre, elle est renvoyée à Romainville.
Le 24 janvier 1943, Suzanne est déportée. Elle arrive à Auschwitz le 26 janvier et reçoit le matricule 31686. Le 3 février, elle est photographiée selon les trois vues d’immatriculation. Elle meurt à Birkenau en février ou mars 1943. Aucun document ni témoignage ne permet de connaître précisément ses derniers instants.
Suzanne avait déjà passé sa vie à protéger ses enfants. Elle se livra pour épargner les siens, puis disparut loin de sa famille, sans savoir si Gilbert avait survécu. Il ne resta à son fils que le visage de cette mère courageuse qui avait choisi de se sacrifier pour que les autres puissent continuer à vivre.
Gustave BRUSTLEIN
Compagnon de Suzanne et père de Gilbert
🕊️ Décédé en 1919
Gustave Brustlein est issu d’une famille protestante de Mulhouse qui avait choisi la France après l’annexion de l’Alsace en 1870. Socialiste, il appartient à la classe militaire de 1911 et sert pendant la Première Guerre mondiale.
Il contracte une tuberculose durant son service et est réformé. Pendant la guerre, il rencontre Suzanne Momon. Ils se mettent en ménage et deviennent parents de deux enfants, dont Gilbert André Brustlein, né le 20 mars 1919.
Très malade, Gustave comprend en 1919 que son état est désespéré. Il souhaite alors régulariser son union avec Suzanne afin de protéger juridiquement sa compagne et leurs enfants. Suzanne refuse de croire qu’il va mourir et lui répond qu’il aura le temps de guérir et d’y penser plus tard.
Gustave meurt sans avoir pu épouser Suzanne. Elle ne reçoit donc aucune pension et leurs enfants ne sont pas reconnus comme pupilles de la Nation. Gilbert n’a que quelques mois lorsqu’il perd son père.
La vie de Gustave fut brève, mais ses convictions sociales et laïques restèrent présentes dans l’éducation donnée par Suzanne à leurs enfants. Sa mort laissa une jeune mère seule face à la pauvreté, avec deux enfants à protéger et aucun secours pour alléger son chagrin.
Gilbert BRUSTLEIN
Fils de Suzanne Momon
🟢 Résistant survivant, décédé en 2009
Portrait de Gilbert Brustlein
Gilbert André Brustlein naît le 20 mars 1919. Il devient orphelin de père alors qu’il n’a que quelques mois. Élevé par Suzanne Momon et un temps par sa grand-mère, il connaît aussi l’orphelinat et l’internat. Il poursuit des études secondaires, obtient son brevet et tente le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs. Après un emploi dans une banque, il est déclaré ouvrier tapissier.
En août 1940, Gilbert rejoint les Jeunesses communistes clandestines du 11e arrondissement de Paris. Il devient rapidement chef de groupe. En 1941, il participe à des manifestations et à des actions de la Résistance armée. Il prend part à l’action du métro Barbès en août 1941, puis est envoyé à Nantes avec Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco. Le 20 octobre, ils attaquent deux officiers. L’un d’eux, Karl Hotz, est tué, provoquant l’exécution de quarante-huit otages en représailles.
Traqué, Gilbert parvient à échapper aux arrestations qui frappent son groupe. Suzanne le prévient lorsque les policiers encerclent leur quartier. Il passe de cache en cache, quitte la France, traverse l’Espagne où il est détenu au camp de Miranda, puis rejoint Gibraltar, Londres et l’Afrique du Nord. Il s’engage dans les forces de la France libre en novembre 1942.
Gilbert revient en France à la fin de 1944. Sa mère, arrêtée à cause des recherches menées contre lui, est morte à Auschwitz sans qu’il ait pu la revoir. Après la guerre, il travaille notamment comme chef comptable dans le faubourg Saint-Antoine. Il meurt le 25 février 2009 à l’âge de 89 ans.
Gilbert survécut à la clandestinité et à la guerre, mais il dut vivre avec l’absence de Suzanne, cette mère qui avait risqué sa liberté pour le prévenir et qui ne revint jamais. Derrière sa survie demeurait pour toujours le prix terrible payé par celle qui l’avait protégé.