Suzanne Buffard naît le 15 mai 1912 à Dombasle-sur-Meurthe, dans une famille ouvrière de neuf enfants. Elle obtient son certificat d’études puis entre très jeune dans le monde du travail, notamment dans le textile. Peu avant la guerre, elle épouse un forgeron nommé Pierre. Lorsque celui-ci est fait prisonnier en 1940, puis envoyé au camp disciplinaire de Rawa-Ruska, elle reste seule en Lorraine.
Suzanne n’appartient, selon les témoignages connus, à aucun réseau organisé. Son patriotisme s’exprime toutefois par des gestes concrets et publics. Elle fait sauter un cadenas, coupe un fil télégraphique et prépare des tracts aux couleurs nationales pour le 14 juillet. Le 11 novembre 1942, elle participe encore à la pose d’une guirlande tricolore au monument aux morts de Dombasle.
Quelques jours après cette commémoration interdite, elle est arrêtée. Conduite à la prison Charles-III de Nancy, elle reste une semaine au secret. Le 21 novembre 1942, les autorités allemandes la transfèrent au fort de Romainville, où elle est enregistrée sous le matricule 1248. Une seule lettre envoyée depuis ce camp parvient à sa famille.
Le 23 janvier 1943, Suzanne rejoint à Royallieu les autres femmes retenues comme otages. Le lendemain, les 230 détenues prennent place dans les quatre derniers wagons d’un vaste convoi parti de Compiègne. Après la séparation du train à Halle, les wagons des femmes poursuivent vers Auschwitz, où elles arrivent le soir du 26 janvier.
À Birkenau, Suzanne reçoit le matricule 31812, tatoué sur l’avant-bras gauche. Elle traverse la quarantaine du Block 14, puis l’entassement du Block 26 et les kommandos de travail. Son triptyque d’immatriculation, réalisé à Auschwitz-I le 3 février, subsiste : trois vues qui rendent son visage à l’histoire derrière le numéro concentrationnaire.
Les sources disponibles donnent peu de détails sur ses derniers mois. Elles établissent qu’elle meurt au début d’août 1943, après plus de six mois de déportation. Sa famille ne connaît son sort qu’au retour des rescapées du convoi. Cette information transmise par les survivantes met fin à une attente entretenue par le silence administratif.
Dombasle-sur-Meurthe a donné son nom à une place. Cet hommage rappelle une résistance née sans fonction ni appareil : celle d’une ouvrière qui refuse les interdits de l’occupant et réaffirme les symboles nationaux. Suzanne Pierre demeure ainsi liée aux gestes simples, courageux et immédiatement dangereux qui conduisent à son arrestation puis à sa mort.