Suzanne, Renée JUHEM

Matricule 31759
🕊️ Morte en déportation
Portrait documenté de Suzanne, Renée JUHEM
Crédit non indiqué par la source

Suzanne, Renée Juhem naît le 2 octobre 1912 au domicile de ses parents, rue de la Paix à Genève. Son père, Émile Julien Juhem, travaille pour la compagnie ferroviaire PLM ; sa mère, Marie Philomène Favre, meurt en 1916, quand Renée vient d’avoir quatre ans. Française par son père, elle grandit ensuite à Paris auprès de celui-ci et de sa seconde épouse.

Élevée dans le 12e arrondissement, Renée fréquente l’école jusqu’au certificat d’études, apprend la couture puis devient mécanicienne en confection dans l’atelier d’un grand magasin. Sous l’Occupation, elle est au chômage. À partir de décembre 1940, elle partage la vie de Jean Lavoye, connu sous le nom de « Coindreau », militant communiste clandestin. Les archives divergent sur certains détails de leur séjour en Allemagne et de leur retour en France.

Le couple habite successivement Villejuif puis Vitry-sur-Seine. En mai 1942, après une action armée à laquelle Jean Lavoye a participé, la police recherche celui-ci. Le 8 mai au soir, des inspecteurs arrêtent Renée à son domicile. La perquisition ne livre ni arme ni tract. Interrogée, elle protège son compagnon et ne révèle pas son activité clandestine, selon une attestation établie après la guerre.

Renée est d’abord écrouée au dépôt de la préfecture de police. Le 27 octobre 1942, elle est remise aux autorités allemandes et transférée au fort de Romainville, où elle reçoit le numéro 1101. Le 23 janvier 1943, elle rejoint à Compiègne les femmes destinées au convoi du lendemain. Elles sont 230, placées dans les quatre derniers wagons d’un transport comptant aussi plus de 1 400 hommes.

Le convoi part le 24 janvier. Après la séparation des wagons masculins à Halle, les femmes arrivent à Auschwitz le 26 janvier au soir. Le lendemain, elles gagnent à pied le camp de Birkenau en chantant La Marseillaise. Renée Juhem y est immatriculée sous le numéro 31759, tatoué sur son avant-bras gauche. Sa photographie d’enregistrement est prise à Auschwitz-I le 3 février.

Après la quarantaine au Block 14, les « 31000 » sont entassées au Block 26 et envoyées dans les commandos de travail. Renée contracte la dysenterie et entre au Revier, le quartier des malades. Les rescapées situent sa mort entre le 11 et le 15 mars 1943. Aucun acte de décès du camp n’a été retrouvé ; la date précise demeure donc incertaine.

Après la Libération, sa belle-mère et ses anciennes compagnes cherchent à faire reconnaître son décès. Deux rescapées attestent en 1946 qu’elle meurt à Auschwitz en mars 1943. Les erreurs relevées dans certains documents administratifs d’après-guerre montrent la difficulté de reconstituer son destin. La mémoire de Renée Juhem conserve ainsi son travail, son silence face aux policiers et son parcours parmi les femmes du convoi du 24 janvier.