Suzanne Hélène Joséphine Clément naît le 18 août 1904 à Beuzeville-la-Grenier, en Seine-Maritime. Fille d’un employé des chemins de fer et d’une ancienne tisserande, elle grandit dans une famille ouvrière. Elle épouse Louis Roze à Fécamp en 1924 et leur fils Michel naît en 1929. Couturière, elle connaît directement les conditions du travail industriel féminin.
Avec Alida Delasalle, elle fonde en 1926 le Syndicat unitaire du textile de Fécamp. Militante communiste à partir de 1935, elle joue un rôle majeur dans la grève de juin 1936 et devient conseillère prud’homale. Licenciée après la grève de novembre 1938, placée sur une liste patronale, elle travaille ensuite dans une sécherie de poissons et dirige le syndicat de l’alimentation.
Passée dans la clandestinité sous le nom de Marie-Thérèse Hébert, Suzanne devient agent de liaison. Elle ravitaille les clandestins privés de cartes d’alimentation et transporte ronéo ou machine à écrire. Le 20 février 1942, des policiers qui ont infiltré une chaîne de rendez-vous l’arrêtent à Rouen avec Madeleine Dissoubray. Suzanne nie et soutient qu’elle se livre au marché noir.
Une lettre trouvée sur elle conduit les enquêteurs à Fécamp et provoque l’arrestation d’Alida Delasalle. Suzanne en garde une douloureuse culpabilité. Transférée à Paris, elle passe par le Dépôt puis la Santé. Le 24 août, elle rejoint le fort de Romainville sous le matricule 683, avant d’être déportée de Compiègne le 24 janvier 1943.
À Auschwitz, elle reçoit probablement le matricule 31681 ; l’attribution n’est pas certaine et sa photographie n’a pas été retrouvée. Atteinte de dysenterie dès le voyage, elle arrive épuisée. Ses camarades tentent de la cacher lorsqu’elle ne peut plus travailler. Découverte, elle est violemment battue par un SS puis admise au Revier de Birkenau.
Suzanne meurt le 1er mars 1943, date également transmise à sa famille par l’administration allemande, qui invoque une gastro-entérite. Avant de mourir, elle demande à Alida de ne rien entreprendre contre sa mère et de veiller à ce que celle-ci élève Michel. Ce souci pour son fils demeure son dernier message connu.
Son parcours unit les conquêtes sociales du Front populaire et la lutte clandestine sous l’Occupation. À Fécamp, elle laisse le souvenir d’une ouvrière devenue organisatrice, prud’femme, résistante et passeuse de matériel. L’absence de portrait authentique est signalée ici pour ne pas substituer une image anonyme au visage qui n’a pas encore été retrouvé.
