Yolande Gili, née Pica naît le 7 mars 1922 à Fontoy (Moselle – 57), fille d’Attilio Pica, né le 24 mars 1886 à Nuccerra (peut-être Nocera Umbra), et de son épouse Celesta, née le 4 juin 1895 à Gualdo-Tadino, en Ombrie ; des émigrés italiens qui s’étaient fixés en Lorraine après la guerre de 1914-1918, comme de nombreux autres venus pour y travailler dans les mines de fer et les usines métallurgiques. Avant-guerre, Attilio Pica est ouvrier à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle – 55).
Yolande a au moins deux sœurs dont une plus jeune, Aurore, née le 2 mai 1923.
En 1939, quand la guerre éclate, la population de cette région frontière, appelée à devenir théâtre des opérations, est évacuée vers la Gironde et la Dordogne. Toute la famille Pica s’installe à Vayres, sur la Dordogne, près de Libourne (Gironde – 33).
Yolande se marie avec un Lorrain, Armand Gili, né le 30 novembre 1909 à Stabio (Suisse), graveur sur verre (chef-comptable ?), secrétaire de l’Union locale CGT et de la section communiste de Lunéville et/ou de Longwy, animateur du comité d’aide à l’Espagne républicaine. Dans le Réveil Ouvrier , journal de la CGT, daté du 30 septembre 1939 – quelques jours avant son évacuation en Dordogne – Armand Gili, écrit : « Hitler, c’est la guerre !… L’ennemi n° 1, le régime nazi… sur ce point, pas une faille dans l’unité des pensées et des volontés. Qui en doute commet une grave injustice. Qui en doute commet un crime contre l’union du peuple français. » Considère-t-il que c’est l’action de la bourgeoisie qui est un crime contre l’union du peuple français par la répression anti-communiste qu’elle développe ? Condamne-t-il son parti qui a approuvé le pacte germano-soviétique ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est resté anti-hitlérien, anti-fasciste et n’est pas devenu anti-soviétique.
Armand Gili est très actif dans l’organisation clandestine du Parti communiste. Le 22 novembre 1940, à Saint-Pardon-de-Vayres, avec son beau-père, Attilio Pica, il tire un premier tract appelant au regroupement des communistes et des patriotes lorrains et girondins qui est distribué dans la région.
Au début de 1941, quand Yolande met au monde leur bébé, Armand Gili ne voit son fils que rarement, lors de visites furtives : il a plongé dans l’action clandestine. Yolande fait les liaisons dont il la charge, recueille des renseignements.
La jeune sœur de Yolande, Aurore, portant sur son visage l’innocence apparente de ses dix-neuf ans, se fait embaucher dans les cuisines des Allemands de Vayres sur ordre de la résistance. Tout en y subtilisant du ravitaillement pour les combattants, elle cherche à savoir où se trouve le dépôt d’armes de l’occupant. Après des mois d’observation, elle apprend que les armes sont en fait entreposées à Bordeaux. Elle demande sa mutation (« La ville serait plus gaie pour elle, si jeune ; dans cette campagne, elle s’ennuie »).
À Bordeaux, elle est employée dans les bureaux. Elle s’y procure des laissez-passer tamponnés à l’avance qui permettent à des résistants de passer de zone nord en zone sud, obtient enfin les renseignements sur le dépôt. Les Francs-tireurs et partisans (FTP) – par un coup de main dont on ne peut connaître les détails aujourd’hui car aucun n’est plus là pour les donner – réussissent à enlever les armes et à les cacher. Elles ne le resteront pas longtemps : un traître a indiqué la cachette à la police.
Pierre Giret, militant clandestin désigné comme responsable à la propagande sur Bordeaux, est arrêté le 25 mai 1942 par la brigade du commissaire Poinsot lors d’un rendez-vous devant le Parc des sports de la ville. Son épouse est également arrêtée. Interrogé les 26 et 28 mai, Pierre Giret livre rapidement des informations permettant d’arrêter quelques personnes. Le 30 mai, il échappe aux trois inspecteurs qui l’ont conduit à son domicile et son épouse s’évade d’un hôpital le 12 juin. Dans leur cavale, ils se font héberger par plusieurs familles de militants.
Mais le couple est repris le 27 juillet. Pour se racheter de son évasion, Pierre Giret complète spontanément ses premières déclarations sur l’organisation communiste clandestine (son épouse livrant ce qu’elle sait), puis se met totalement au service de la police française et de la Gestapo de Bordeaux ( KDS ) comme indicateur et agent provocateur.
Le 17 août, Pierre Giret lâche au commissaire Poinsot : « Un détail qui me revient également au sujet d’Armand [Gili, dont il a déjà parlé dans une déclaration précédente], c’est que sa femme travaillait comme femme de ménage chez les Allemands à Bordeaux. Je l’ai rencontrée trois fois le matin à 7 h20, à l’arrivée d’un train desservi par la gare de la Bastide. Je crois que, par la suite, sa sœur dénommée Aurore a pris son emploi. »
Le 30 août 1942, Aurore et Yolande sont arrêtées à Vayres. Leur père et leur mère aussi. Le bébé de Yolande, âgé de dix-huit mois, est déposé chez la voisine par les policiers.