Yvonne Calmels naît le 1er avril 1897 à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire. Le 12 mars 1929, à Paris, elle épouse Gaston Carré, employé de la Compagnie du gaz de banlieue. Tous deux sont communistes. Ils vivent notamment à Aubervilliers, où Yvonne travaille comme concierge dans un ensemble d’habitations à bon marché.
Gaston rejoint les Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne, puis participe sous l’Occupation à des actions de sabotage. Yvonne connaît elle-même très tôt la répression : arrêtée le 13 juillet 1940 pour distribution de tracts à Aubervilliers, elle est condamnée par un tribunal militaire allemand à quatre semaines de prison.
Le 16 mai 1942, les époux Carré sont arrêtés à Saint-Denis par la Gestapo dans un vaste coup de filet visant le groupe auquel appartiennent notamment Raymond Losserand et France Bloch-Sérazin. Yvonne est écrouée au Dépôt de la préfecture de police. Gaston est condamné à mort et fusillé au Mont-Valérien le 21 septembre 1942.
Le 27 octobre, Yvonne est transférée au fort de Romainville avec trois autres futures « 31000 ». Elle y reçoit le matricule 1102 et apprend l’exécution de son mari. Le 23 janvier 1943, elle rejoint Royallieu ; le lendemain, elle est déportée de Compiègne avec les 230 femmes du convoi à destination d’Auschwitz.
À Birkenau, Yvonne reçoit le matricule 31760, tatoué sur l’avant-bras gauche. Son triptyque est réalisé le 3 février à Auschwitz-I. Une morsure de chien, infligée dans le camp, s’infecte et provoque une gangrène. Dans l’univers concentrationnaire, une blessure qui aurait pu être soignée devient mortelle faute de soins véritables et sous l’effet de l’épuisement.
Charlotte Delbo situe sa mort au début de mars 1943. L’acte de décès établi par l’administration du camp indique le 3 mai. Cette différence de deux mois ne peut être résolue avec certitude ; la notice conserve donc les deux versions. Yvonne a quarante-six ans et meurt quelques mois après son mari.
Le couple Carré incarne une résistance partagée, commencée avant même l’Occupation dans les combats antifascistes et poursuivie malgré les arrestations. Concierge, militante et agente d’un groupe clandestin, Yvonne agit en son nom propre et consciemment. Son visage, retrouvé parmi les photographies d’Auschwitz, rend sa singularité à celle que le camp réduisit au numéro 31760 et rappelle aussi la double disparition d’un couple engagé.